TEXTILE AND TRAVEL

Un voyage à travers les savoirs-faire textile en Asie du Sud Est il y a quelques années, et aujourd'hui, une grande envie de découvrir le "made in pas trop loin de chez moi" .

MES ÉLÈVES À LA RENCONTRE DES ARTISANS

                UDON THANI-THAILANDE

 

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Au début de mon volontariat je me suis longuement posé la question de ce qui me donnait l'envie d'être prof , ici , en Thaïlande ; de ce qui me poussait à venir « enseigner » , plutôt que d'aller travailler dans une entreprise "textile". La question s'est à nouveau posée au moment de créer ce blog : était-il important de parler de mon travail de professeur? 

Y avait-il une cohérence entre ce projet et celui, plus personnel, de partir à la rencontre des artisans en Asie du Sud Est? Le trait d'union se résume en un seul mot: Transmission.

 

Ce qui m'a donné l'envie de partir, en dehors de mon amour pour le voyage , c’est que je ne pouvais plus envisager de passer le restant de ma carrière à regarder mon ordinateur dans le blanc des yeux toute la journée. Enseigner me donne cette chance énorme de pouvoir transmettre mon métier et ma passion pour le textile. J'essaie avant tout de donner, à mes élèves , confiance en leur talent , et de leur offrir une nouvelle façon d'envisager leur futur métier. La notion de transmission intervient également lorsqu'on s'intéresse à l'artisanat textile : les artisans sont en grande majorité des personnes âgées , la jeune génération n'étant pas très enthousiaste à l'idée de reprendre le flambeau. 

 

Pour relier les deux, l’amour de l’enseignement et la préservation du savoir-faire des artisans locaux,  j'ai donc décidé, avec Ajarn Junpen (ma collègue), et mes élèves Vasurat, Arawan, Inta, Putmanee et Pimonwan, de partir une matinée à la rencontre d'artisans des environs. Cette matinée d'échanges, entre artisans et  élèves fut très riche: j'ai compris qu'être tisseuse n'était pas une vocation en soi mais relevait , ici , plus d’une affaire de famille : il s’agit de la transmission d'un savoir-faire de mère en fille. Cette pratique a toujours existé jusqu'à aujourd'hui. P. Nacy, 55ans, tisse depuis toujours, avec sa mère au départ et de temps en temps avec sa fille. Elle aimerait pouvoir transmettre son métier mais les conditions de travail, difficiles, et le peu d'argent gagné, n'attirent plus grand monde. Elle produit environ quarante pièces de soie de deux mètres ( au motif souvent complexe) par an qui seront ensuite vendues sur les marchés à un prix moyen de maximum 400 baths par pièce (10,80 euros environ). Un simple calcul permet aisément de se rendre compte que le travail d'orfèvre effectué par ces femmes ne leur permet pas de vivre correctement ni de préserver leur santé.

 

J'ai été très touchée par les paroles de mes étudiants: Ils sont tous très fiers de leur culture et impressionnés par le travail de ces femmes. Certains d'entre eux sont conscients qu'il est important de préserver et de valoriser leur savoir-faire: Arawan, 30 ans*, a décidé d'apprendre les techniques de tissage traditionnel thai, à l'école mais aussi avec sa mère ; tandis que Vasurat , 31 ans est déjà expert en confection de bijoux traditionnels en papier (il s'est formé auprès d'un maitre artisan pendant une année) et rêve un jour de créer une collection "Made in Thailand".

 

*Mes élèves ont entre 16 et 30 ans , un "vocational college" en Thaïlande propose des formations professionnalisantes et accueil des élèves de toutes âges même si la moyenne reste entre 16 et 18 ans.

 

 

"La sagesse consiste à avoir des rêves assez grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit"


Oscar Wilde